Sabîl
‘Ayn al-Tawashî (711/1311)
Localisation : au nord-ouest du Haram, à la sortie du sûq (plan n°5).
Réf :
Conder/Kitchener (1883), p.320, plan p.352, map
XXI
Meinecke (1992), 9C/20, 25B/62
Vincent/Mackay/Abel (1923)
Luynes (1874), II, n°4, 5
RCEA 800011
Ruqum (1989),
p.503-506, 507-512, 519-522
Sharon (2013), n°45, 49, 53
Vincent/Mackay/Abel (1923), fig.82
Historique
La fontaine se situe près de l’accès nord-ouest du Haram, elle est construite avant 711/1311 par le gouverneur de Safed Sayf al-Dîn Baktamur al-Jukandâr.[1] Elle consiste en un grand réservoir avec une façade sur rue surmontée d’une corniche à muqarnas (ill.1-4, 8).
Une inscription datée 776/1375 mentionne un canal fournissant l’eau à cette fontaine, celui-ci achemine l’eau depuis la source du ‘Ain al-Qanâ près de Majdal Fusayl.[2] Ce canal est identifié comme l’aqueduc principal de la ville[3], certaines de ses sections existaient encore au 19e s. comme le décrit Conder et Kitchener dans le Survey of Western Palestine (voir plus bas)[4] et l’étude de C. Schick (voir plus bas).[5]
L’inscription datée 800/1397 (ill.6) mentionne une restauration, après abandon, par Qalamtay al-‘Uthmanî[6], le dawadâr[7] du sultan al-Zâhir Barqûq (2e règne 14 muharram 792/2.I.1390 – 15 shawwal 801/20.VI.1399), cette inscription révèle aussi les malversations reprochées au fondateur de la fontaine Baktamûr al-Jukandâr. La deuxième inscription au-dessus de la précédente est datée 861/1456 (ill.7) et mentionne aussi une restauration de tout le système hydraulique par l’inspecteur des armées (nâzir al-jaysh)[8] du sultan al-Ashraf ‘Inâl (r.8 rabi’I 857/1.II.1453 – 14 jumada I 865/25.II.1461), Jamal al-Dîn.[9]
Cette fontaine fournissait l’eau aux pélerins, aux visiteurs, aux marchés et aux cuisines (simât) du Haram. Elle fait pendant au sabîl ‘Ayn al-Khuddâm/’Inâl située à l’angle sud-est du Haram.[10]
Epigraphie
776/1375. Texte de construction et de fondation d’une installation hydraulique menant au sabîl al-Tawashî, 3 lignes (80x32) conservé au Haram.[11]
« Basmallâh. Whoever
attempts to abolish which has been stipulated in writing concerning this
blessed canal – whatever has been newly introduced is (hereby) rejected by a
greater cause : for there are recorded documents concerning it, and among
the rights regarding the endowment of al-Khalîl, peace be on him, (is) the
obligation of its people to supply the materiel for keeping it in good repair –
Allâh and His Friend (Abraham) will be his opposing party on the day of
resurrection. It was written on the first ten days of shawwal 776
(15.III.1375) ».
800/1397. Texte de rénovation 3 lignes (118x30) sur le mur de la fontaine (ill.6).[12]
« Basmallâh. Has ordered
its renewal after its remnants disappeared, and (after) unlawful hands were
stretched to (take) the income of its endowment ans spend it for other than its
(original) purpose, acting in collusion to do so for more than twenty years
until the traces of this charity became extinct, and those who are thirsty and yearning forgot about itsd
existence. Allâh, the Exalted, reserved the (opportunity of) discovering this
benevolent deed and charitable act for the one He had chosen to inspect its
register and to delete from it the negative entries. He is the most Noble
Excellency, the generous, the elevated, the masterly, the great amîr, the
chief, the counselor, the Mamlûk of al-Zâhir (Barqûq) the venerable QalamTa(y)
al-‘Uthmânî the dawadâr of al-Malîk al-Zâhir (Barqûq) may Allâh glorify his
victories, from the money of the waqf of Sayf al-Dîn (Baktamûr) al-Jukandâr may
Allâh have mercy on his soul, by the hand of the inspectors and the officials
in charge of it ; on the date of 13 rabi’I 800 (4.XII.1397) ».
861/1456. Texte de construction 3 lignes (90x30) au dessus de l’inscription précédente (ill.7).[13]
« Basmallâh. Coran XXX,
50. Has renewed the construction of this blessed canal and the public fountain
from its very source until the gate of the Sanctuary of our master al-Khalîl,
blessing and peace be on him, seeking Allâh’s pleasure, His High Excellency,
the lord, the master, the chief, the beneficent, the sâhib, Jamâl al-Dîn the
inspector of the victorious armies and the sultanic noble treasuries, in the
islamic (divinely) protected Kingdoms, may Allâh exalt his rank in the months
of the year 861 (1456) ».
Biblio complémentaire
Sharon (2013), p.173-178
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1/ vue de la fontaine depuis le sud |
2/ vue de la fontaine depuis le sud-ouest |
3/ vue de la fontaine depuis le nord-est |
4/ la façade de la fontaine depuis l’est |
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5/ les inscriptions sur la façade |
6/ l’inscription de construction datée 800/1397 |
7/ l’inscription de construction datée 861/1456 |
8/ vue de la fontaine depuis le nord |
Documents anciens
Sauvaire, in Luynes (1874), II, p.186. Visite en 1866.
Aujourd’hui (1866), la fontaine est à sec et paraît abandonnée depuis longtemps par suite de l’état de délabrement dans lequel a été laissé par les Turcs le canal qui y conduisait l’eau.
Au-dessus du bassin se trouvent les deux inscriptions suivantes, placées l’une au-dessus (datée 861/1456) est plus courte que l’autre (800/1397).
Conder/Kitchener (1883), p.320. Visite le 29 juillet 1881.
‘Ain al-Kana. — This spring is small, and collects in a small cistern. The water is now used in irrigation, but originally supplied Hebron through an aqueduct, still traceable. The pipes were 5 inches in diameter, supported on a wall 4 to 12 feet high. Cisterns, baths, rock wine-presses, and old garden-towers occur beside the aqueduct, which extends 1,5 miles from the spring to the town, and is joined by another channel from ‘Ain el-‘Arab. ‘Ain el-Khabieh, now dry, is also on the line of the channel. The channel is lost near the mosque below 'Ain Kashkaleh. The stones in this aqueduct are rudely squared, and built in mortar and cement. It crosses Wady ‘Ain Sarah by a pointed arch. The work resembles Arab masonry of the best period, and the aqueduct was not improbably made by Sultan Kalawûn in the thirteenth century, as this Sultan built a great many buildings in Hebron.
Revisited and traced 29th July, 1881.
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Plan du trajet de l’aqueduc depuis ‘Ain al-Qanâ
jusqu’à la fontaine Source : Conder/Kitchener (1883) |
Plan du trajet de l’aqueduc depuis ‘Ain al-Qanâ
jusqu’à la fontaine Source : Schick (1898) |
Vue du sabîl al-Tawashî en 1932 par A. Robert Source : bibliotheque-numerique.icp.fr |
[1] Il est arrêté pour malversation envers le sultan en jumada I 711/15.IX-14.X.1311. Sur Baktamûr al-Jukandâr, cf. Sharon (2013), p.176-177.
[2] Village situé à 2,5km du Haram. Il semble avoir disparu entre le 16e et 19e siècle. Aujourd’hui le site s’appelle Khirbat al-Nasara.
[3] Description de Mujîr al-Dîn, in Sharon (2013), p.151.
[4] Cf. Conder/Kitchener (1883), p.320, plan p.352, map XXI.
[5] Cf. Schick (1898).
[6] Titulaire du poste de dawadâr depuis mi 795/1393, mort le 24 jumada II 800/15.III.1397. Sur Qalamtay al-‘Uthmanî, cf. Sharon (2013), p.177-178.
[7] Secrétaire ou porteur de l’encrier du sultan.
[8] Chef administrateur des armées préposé aux finances et aux fournitures (notamment les chevaux).
[9] Il
obtient son poste de nâzir al-jaysh le 18 rabi’I 856/8.IV.1452 sous le
règne du sultan al-Zâhir Jaqmaq. Sur Jâmal al-Dîn (819/1416-862/1458), cf.
Sharon (2013), p.185-186.
[10] Les termes tawashî et khuddâm se traduisent par eunuques. Les deux fontaines sont donc les ‘fontaines des Eunuques’.
[11] Texte d’après Sharon (2013), n°45.
[12] Texte d’après Sharon (2013), n°49.
[13] Texte d’après Sharon (2013), n°53.