Bireçik Kale/Qal’at
al-Bira (n.d.)
Localisation
Le château domine la ville sur un promontoire rocheux parallèle aux rives de l’Euphrate.
Bibliographie
Amouroux-Mourad (1988), pl.VI ; Anastasio (2023), p.29-41 ; Creswell (1926), p.129-193 ; Devonshire (1922), p.1-43 ; Durukan (1999), p.209-217 ; Durukan (2004), p.197-207 ; Durukan (2011), p.37-75 ; Kurkçüoglu (1996) ; Meinecke (1992), 4/75, 5/15, 9B/16 ; Raphael (2010), p.173-185 ; Sinclair (1990), p.157-160 ; Vachon (1994), n°11
Inscriptions
Durukan (1999), n°37, 38, 39, 40a-d ; Oppenheim/Berchem (1909) : n°127, 128, 129 ; RCEA 4763, 5111 ; TEI, n°2407, 3828, 30068, 39583, 59614
Historique
Le château de Bireçik/al-Bira est perché sur un éperon rocheux, orienté nord-sud, s’arrêtant sur la rive droite de l’Euphrate, il était séparé de la ville par un fossé, aujourd’hui comblé (ill.1).
La citadelle est assiégée une première fois par les Mongoles de Hülegü en dhu’l-hijja 657/décembre 1259, ils s’y installent jusqu’en 659/1262.
Une deuxième attaque, sans succès, a lieu pendant l’hiver 663/1264-1265, puis la citadelle est conquise par le sultan al-Zâhir Baybars (r.17 dhu’l-qa’da 658/24.X.1260 – 27 muharram 676/30.VI.1277), le 23 rabi’II 663/12.II.1265). Celui-ci fait aussitôt réparé et renforcé le site : plusieurs tours sont refaites, le fossé est élargi et une nouvelle porte est ouverte vers le fleuve. Ces travaux sont exécutés sous la surveillance des deux émirs Saif al-Dîn Balabân al-Hubaishî et Rukn al-Dîn al-Sarwî. Les installations intérieures, dont la mosquée, sont aussi renouvelées (ill.31-35).
En hiver 671/1272, les deux sièges simultanés des Mongoles se soldent par un échec.
Une inscription sur l’entrée du château mentionne des réparations entreprises par le commandant de la citadelle Jamâl al-Dîn Baqîsh sous le règne du sultan al-Sa’îd Barakakhân (r.26 safar 676/29.VII.1277 – 7 rabi’II 678/17.VIII.1279) après 676/1277, ces réparations font suite au nouveau siège des Ilkhanîdes en hiver 674/1275 qui semble avoir causé d’importants dégâts.
Une autre inscription dans la mosquée du château et divers fragments d’inscriptions retrouvés dans une galerie intérieure font état de nouvelles restaurations en 700/1301 sous le 2e règne du sultan al-Nâsir Muhammad (r.6 jumada I 698/9.II.1299 – 22 shawwal 708/4.IV.1309).
Le site, tout comme le mur d’enceinte de la ville, est de nouveau restauré beaucoup plus tard par le sultan al-Ashraf Qaitbay (r.6 rajab 872/31.I.1468 – 27 dhu’l-qa’da 901/7.VIII.1496) lors de sa visite d’inspection en 882/1477.[1] Toutefois cette campagne de travaux à la Citadelle ne semble pas être documentée par des inscriptions ou même des cartouches inscrits à la gloire du sultan, comme c’est la cas pour le mur d’enceinte de la ville. Lors de son séjour, il fait aussi restaurer la Citadelle de ‘Ayntâb/Gaziantep située à environ 60km à l’ouest.
Les photos de l’archéologue britannique K.A.C. Creswell, datant du début 20e siècle, donnent une idée de l’importance du site, mais aujourd’hui, l’intérieur est fortement endommagé[2] : il reste de nombreux vestiges et pans de mur disséminés au centre et au nord du promontoire, où l’on devine l’existence d’un mur et de tours qui traversaient la forteresse d’est en ouest formant un espace isolé du reste du promontoire. A l’extrémité nord, il ne reste qu’une partie de la tour qui fermait le site de ce côté (ill.2, 18, 20, 44).
Le côté est conserve un saillant (base d’une ancienne tour) avec ses fentes de tir qui font face à la ville (ill.45, 46), et une grande tour rectangulaire qui s’élève encore sur trois niveaux avec de nombreuses ouvertures qui contenaient les chambres de tir (ill.23-29).
Le côté ouest, dominant le fleuve, ne présente plus aucune élévation, seulement quelques vestiges éparses (ill.11, 12, 17, 39-41). On trouve une rampe d’accès parallèle à la falaise qui conduisait à un passage souterrain (ill.13-16).
La partie sud du promontoire est toujours dominé par une imposante tour conservée sur deux niveaux avec ses ouvertures et ses fentes de tir, ainsi qu’une partie du talus percé d’une douzaine de fentes de tir (ill.5-9). Cette partie du château abritait un espace palatial et une salle de prière, les photos de Creswell montrent un édifice couvert d’une coupole (ill.30-37).[3]
L’accès à la forteresse se faisait par des passages creusés dans la roche et des portes aménagées dans les tours, il y avait aussi une issue de secours qui donnait directement sur l’Euphrate.
Ces photos de Creswell montrent aussi plusieurs bandeaux inscrits, côté ville. Certians bandeaux sont flanqués de lions, symbole du sultan Baybars, et pourraient documenter la campagne de restauration du sultan qui a fait refaire plusieurs tours.[4]
Epigraphie
663/1264. Inscription de restauration sur une tour de la partie est de la Citadelle, sans plus de précisions.[5]
Texte
non disponible.
676/1277. Inscription de restauration 1 ligne au-dessus de l’accès de la citadelle, plus en place.[6]
« Ce saillant béni a été
refait durant les jours de notre maître (le sultan ?) al-Malîk al-Sa’îd,
le savant, le juste, le champion de la foi, Nâsir al-dunya wa’l-dîn, celui qui
rend justice aux opprimés contre les oppresseurs, le subjugueur des révoltés et
des rebelles, Muhammad Barakat-Khân, fils de notre maître le sultan al-Malîk
al-Zâhir, l’associé de l’émir des croyants, - que Dieu éternise sa
souveraineté ! – sous l’administration de l’émir Jamâl al-Dîn Bakîsh (?),
lieutenant-général du sultanat magnifié à al-Bira la bien gardée, sous
l’entreprise xxx ».
700/1301. Inscription de construction 1 ligne dans la mosquée de la citadelle, plus en place.[7]
« Cette bâtisse a été
refaite durant les jours de notre maître le sultan al-Malîk al-Nâsir
Abû’l-Ma’alî Muhammad, fils du sultan al-Malîk al-Mansûr – que Dieu glorifie
ses victoires ! – à la fin de l’année 700 (1301) ».
ca.700/1301. Inscription de construction dans une galerie de la citadelle.[8]
« Sa
construction a été ordonnée par notre maître, le sultan, le grand roi …
al-Nâsir … ».
ca.800/1297. Fragments d’inscriptions d’un témoignage, sans plus de précisions.[9]
Texte
non disponible.
Illustrations
|
|
|
|
|
|
|
|
1/ schéma du site |
2/ plan de la partie nord de la
forteresse |
3/ plan de la partie sud de la
forteresse |
4/ vue du site depuis l’Euphrate à
l’ouest |
5/ la partie sud de la forteresse depuis l’ouest |
6/ la partie sud depuis le sud-ouest |
|
|
|
|
|
|
|
|
7/ la partie sud depuis le sud |
8/ la partie sud depuis l’est, côté
ville |
9/ la partie sud depuis le nord-est |
10/ la partie centrale du site depuis l’ouest |
11/ la partie nord-ouest du site
depuis l’ouest |
12/ vestiges sur la partie
nord-ouest |
|
|
|
|
|
|
|
|
13/ rampe d’accès moderne sur la
partie centrale |
14/ les vestiges de la partie
centrale depuis la rampe |
15/ cavité à l’extrémité de la rampe |
16/ le souterrain d’accès à la forteresse |
17/ la partie nord-ouest |
18/ la partie nord depuis le
nord-ouest |
|
|
|
|
|
|
|
|
19/ la partie nord depuis l’ouest |
20/ vestiges de la tour à
l’extrémité nord |
21/ vue des vestiges entre la tour
rectangulaire et le saillant, côté est |
22/ vue du saillant, côté est |
23/ la grande tour rectangulaire, côté est |
24/ la grande tour rectangulaire depuis le nord. Au
fond la partie sud de la forteresse |
|
|
|
|
|
|
|
|
25/ la grande tour rectangulaire |
26/ la façade de la tour |
27/ la partie haute de la tour
depuis le nord |
28/ les ouvertures de la tour depuis
l’intérieur de la forteresse |
29/ lagrande tour rectangulaire depuis l’intérieur
de la forteresse |
30/ la partie sud depuis le plateau
de la forteresse |
|
|
|
|
|
|
|
|
31/ la partie sud depuis l’est |
32/ la salle depuis le nord |
33/ la salle depuis l’est |
34/ la salle côté est |
35/ une salle de la partie sud |
36/ la partie sud depuis le nord |
|
|
|
|
|
|
|
|
37/ la partie sud avec une fente de
tir |
38/ vue du plateau depuis le sud |
39/ détail des vestiges de la partie nord-ouest
depuis le plateau |
40/ vestiges de la partie nord-ouest
depuis l’est |
41/ / vestiges de la partie
nord-ouest depuis l’est |
42/ vue de la partie nord depuis le
plateau |
|
|
|
|
|
|
43/ vue des vestiges de la partie
est depuis le plateau |
44/ vue de la partie nord depuis le
plateau |
45/ le saillant au nord-est de la
forteresse |
46/ le saillant du nord-est depuis le nord |
Documents anciens
Drummond (1754), p.206 (gravure n°12, voir plus bas). Visite entre 1745 et 1751.
While our negotiation at Beer was depending, I amuſed myſelf with fketching the caftle, the drawing of which you have at No.12. The appearance is very fingular : for, from the bare rock in the middle, it looks like one caſtle on the top of another.
Buckingham (1827), p.34-35. Visite en juin 1816.
« In the centre, on a height of the rock,
stands an old ruined fortification ; and all along the north end of the
town, where the perpendicular cliff faces the water, are the walls and towers
of a large castle, incorporated with the cliff itself, and presenting, even
now, in its state of great dilapidation, an imposant aspect. (…). »
Chesney (1868), p.416. Visite le 17-18 mai 1835
et 14-16 juin 1835.
« In two hours from Mizar we reached the Euphrates itself, just opposite to the town of Bir, or Birejik ; the first is the Arabic name, and the second the Turkish. It has a striking apparence, having an elevated castle looking immediately over the river. (…) we had an opportunity of seeing the castle ; it stands upon a rock cut off from the town by a natural separation, but having the slope at the foot of the walls strengthened by a facing of stone, similar to the castle at Aleppo. The interior has been quite ruined by earthquakes. »
|
|
|
|
|
|
La forteresse de Bireçik d’après une gravure
d’Alexander Drummond Source : Drummond (1754) |
La forteresse de Bireçik vue du fleuve d’après
Eugène Flandin Source : Flandin (1867), pl.21 |
La forteresse de Bireçik côté ville d’après Eugène
Flandin Source : Flandin (1867), pl.22 |
La forteresse de Bireçik vue du fleuve d’après
Eugène Flandin Source : Flandin (1857), p.133 |
[1] Sur le voyage de Qaitbay dans la région, voir Devonshire (1922), p.15.
[2] On peut comparer le site actuel avec les archives photos de K.A.C. Creswell qui montrent l’état du site à l’aube des années 1920. Ces photos sont consultables sur archnet.org et sur le site collections.vam.ac.uk.
Voir aussi Anastasio (2023), p.29-41.
On consultera aussi le site : gertrudebell.ncl.ac.uk, de l’Université de Newcastle qui a mis en ligne les photos de Gertrude Bell prisent vers 1911 et le site des archives départementales de l’Eure qui conservent les photos de l’abbé Gabriel Brétocq prisent vers 1920.
[3] Voir les archives photos de Creswell.
[4] Voir le site collections.vam.ac.uk, photos n°3103-1921, 3105-1921, 3106-1921, 3107-1921, 3108-1921, 3109-1921, 3110-1921, ces clichés montrent les tours côté ville avec des bandeaux inscrits.
[5] D’après TEI, n°39583, cf. Creswell (1926), p.148-149.
[6] Texte d’après RCEA 4763.
[7] Texte d’après RCEA 5111.
[8] Traduction d’après le texte de Oppenheim/Berchem (1909), n°129.
[9] D’après TEI, n°59614.