Mosquée Karimîya (654/1256)
Localisation : quartier de Bâb Qinnasrin, en remontant vers le bimaristan Arghûn, sur la droite (G9.402).
Visite en : 2010.
Réf :
Gaube (1984), n°402
Herzfeld (1955), p.315-318
Korn (2004), n°152
Meinecke (1992), 22/55, 35/64
Sauvaget (1931), n°34
Abd al-Razik (2020), p.201-230
RCEA 4414
Herzfeld (1955), n°167, 168
Historique
L’inscription de construction, qui s’étend sur les trois côtés de la baie du portail (ill.6-8), indique vraisemblablement la re-consécration d’un édifice existant. Le texte nomme le sultan ayyûbide al-Nâsir Yusuf II (r.634/1237-658/1260) comme régnant, un superviseur des travaux avec un titre détaillé, « 'Abd al-Rahîm ibn al-'Ajamî » et la date 654/1256. D’après ibn al-‘Ajamî, cet édifice antérieur pourrait être le masjîd al-Muhassab[1], dont l'établissement est supposé dès le début de l’Islam ou bien du khanqâh al-Shamsîya.[2] Il n’y a pas d’informations probantes sur cette mosquée jusqu’à sa restauration en 654/1256.
L’édifice actuel résulte de plusieurs campagnes d’extensions et de restaurations : il regroupe une cour avec un iwan au sud et un portique à l’est (aujourd’hui clos), accessible directement depuis le portail nord et via un corridor depuis le portail sud ; une salle de prière au sud ; un tombeau au sud-est ; des latrines au nord-est des salles annexes résultant des phases d’extensions.
En 771/1369-1370, le minaret, surmontant l’accès sud, est renové par le cadi Baha al-Dîn ‘Alî ibn Sawâda (ill.2-4), un membre de la famille alepine des Bani Sawadah.
La plus grand phase de travaux est l’œuvre du shaykh ‘Abd al-Karîm al-Khwâffî en 855/1451-1452, ces travaux d’une telles ampleurs expliqueraient peut-être l’appellation de mosquée al-Karimîya qui apparaît à cette époque :
les échoppes en façade sont détruites et intégrées à la mosquée ; l’iwan à l’est de la cour est agrandit ; un nouveau portail est érigé au sud et des installations pour ablutions sont ajoutées. Le shaykh, décédé en 884/1479, est inhumé dans le tombeau qu’il s’est fait construire dans la mosquée, celui-ci devenant aussi un maqâm. Une inscription datée 855/1451 sur une ouverture du tombeau témoigne de ces travaux. Ce shaykh a aussi doté la mosquée d’une donation (waqf) importante.[3]
A une date ultérieure, le gouverneur Jânîbak al-Tajî (en poste de 866/1462 à 868/1464) a fait établir un minbar pour ce shaykh et a renouvellé une partie de la mosquée sans plus de détails.[4]
Des inscriptions sur le portail et dans la cour mentionnent une dernière restauration en 1885.[5]
Epigraphie
654/1256. Texte de restauration 2 lignes
(580x42) sur le portail (ill.6-8).[6]
« xxx Cette bâtisse bénie a été
refaite sous l’empire de notre maître le sultan auguste, le roi magnifié, le
souverain des nuques des nations, le seigneur des rois des Arabes et des
Persans, le savant, le juste, le champion de la foi, le combattant, l’assisté
de Dieu, le victorieux, le vainqueur, al-Malîk al-Nâsir
Salâh al-dunya wa’l-dîn, le gardien des pays de Dieu, le défenseur des
serviteurs de Dieu, A[bu]l-Muzaffar Yûsuf , fils de
Muhammad, fils de Yûsuf, l’ami dévoué de l’émir des
croyants, - que Dieu éternise sa royauté et glorifie ses victoires, par Mahomet
et sa famille ! – sous l’administration de son Mamlûk, l’esclave avide de
la miséricorde de Dieu, ‘Abd al-Rahîm,
fils de ‘Abd al-Rahîm, fils
d’al-‘Ajamî al-Shafi’î,
dans le mois de l’année 654 de l’Hégire du Prophète (1256) ».
855/1451. Texte de fondation 3 lignes sur
un linteau d’une fenêtre dans la cour.[7]
« A fondé ce lieu béni, avec l’aide d’Allâh et sous sa direction bienfaisante, l’esclave avide d’Allâh l’Exalté, qui espère le pardon de son Seigneur le …
en sa faveur, qui monte le chemin droit, l’homme doué des plus belles qualités,
le shaykh ‘Abdalkârim Abû Abdal-‘Azîz,
fils de ‘Abdallâh, le hanafite de rite, al-Khwaffî,
en imitant Allâh – qu’il nous fasse participer de sa
bénédiction et nous fasse profiter, nous les Musulmans, de ses pures
prières ! Cela a été fait en l’an 855 (1451) ».
Biblio complémentaire :
Abd al-Razik (2020), p.201-230
Kühn (2019), catalogue, p.1007-1010
|
|
|
|
1/ plan de la mosquée |
2/ vue de la façade, du portail sud et du minaret
depuis l’ouest |
3/ le minaret sur le portail sud |
4/ décor du minaret |
|
|
|
|
5/ le portail nord |
6/ l’inscription datée 654/1256 sur la partie droite
du portail |
7/ l’inscription datée 654/1256 sur la partie centrale
du portail |
8/ l’inscription datée 654/1256 sur la partie gauche
du portail |
Documents anciens
[1] Cf. Korn (2004), n°152.
[2] Cf. Herzfeld (1955), p.315-318.
[3] Détails de la donation, in Abd al-Razik (2020), p.224-226.
[4] Sur le
minbar, cf. Kühn (2019), catalogue, p.1007-1010.
[5] Cf. Abd al-Razik (2020), p.201-230.
[6] Texte d’après RCEA 4414.
[7] Texte d’après Herzfeld (1955), n°168, illustration cf. planche CXXVI.